J'ai peur que les RH soient perçues comme un centre de coût

Peut-on prouver, chiffres à l'appui, que les RH ne sont pas une ligne de dépense ? C'est la question que porte Luc Ramella, Global HR Project Manager chez Adecco, dans ce nouvel épisode de Bande de Flippés. À 22 ans, il a déjà identifié le problème : sa propre famille résume son métier à "recrutement, licenciement", et il n'est pas décidé à laisser cette image s'installer.
Dans cette conversation avec l'étincelle RH, Luc ne se contente pas de défendre son métier. Il propose une méthode.
Ce que vous allez découvrir dans cet épisode :
- Pourquoi la fonction RH souffre d'un déficit structurel de KPIs face aux autres directions
- La méthode concrète pour transformer une action RH en impact budgétaire mesurable
- Ce que cache vraiment le mot "RH" et pourquoi cette confusion coûte cher à la profession
- Comment l'arrivée de l'IA rebat les cartes, sans faire disparaître le métier
- Le conseil que Luc donnerait à un dirigeant qui refuse de lui accorder du budget
Luc Ramella - ADECCO
J'ai peur que les RH en entreprise soient perçus comme uncentre de coût.
Intro/Outro
Aujourd'hui nous recevons Luc Ramella, Global HR ProjectManager chez ADECCO, membre des jeunes pros RH à l'ANDRH Paris Etoile, etpourtant... flippé.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Bonjour Luc.
Luc Ramella - ADECCO
Bonjour Melik.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Peux-tu me parler de ta peur ?
Luc Ramella - ADECCO
Moi j'ai peur que les RH en entreprise soient perçus commeun centre de coût.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et d'où vient cette peur du coup Luc ?
Luc Ramella - ADECCO
Déjà c'est un constat que j'ai fait en discutant avec mafamille, qui ne viennent pas du tout du monde RH en général, ni du mondecorporate, mes parents sont dans le journalisme. Et quand je leur parle desressources humaines, ils sont très... "Ah bah tiens, les RH, c'est lerecrutement, c'est le licenciement, c'est une fonction support", tu vois.C'est pas quelque chose qui apporte du business à l'entreprise. Et en partantde ce constat-là, j'en ai aussi discuté avec mes proches qui connaissent pasforcément le métier. Tu sais, je suis en école de commerce, enfin, j'ai faitune école de commerce. Et souvent, les débouchés sont plutôt dans des fonctionscommerciales, des fonctions marketing, mais beaucoup moins ressources humaines.Et j'ai eu le sentiment que ce métier, en fait étaient un peu incompris etqu'on n'a pas perçu la vraie valeur ajoutée qu'ont les RH aujourd'hui.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et tu penses qu'ils ont quelles appréciations du métier entant que centre de coût ? En quoi ça en est un pour eux ?
Luc Ramella - ADECCO
Pour eux, c'est un centre de coût parce que le RH n'est pasface au client. C'est une fonction dans l'entreprise, une fonction qu'on ditsupport. Parfois, on ne perçoit pas la valeur ajoutée de ce service-là parrapport aux actions qu'il mène. Je trouve un manque de visibilité parfois surles actions RH qu'on entreprend et comment ces actions permettent àl'entreprise de créer du chiffre d'affaires en plus, de réaliser des économies.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et justement, dans les actions qui font qu'elle n'est pasqu'un centre de coût, comme pourraient le dire certains, quelles sont-ellespour toi aujourd'hui ces actions-là ?
Luc Ramella - ADECCO
J'en vois plusieurs, Melik. Déjà, comment le RH doit sepositionner comme partie intégrante du business. Imagine aujourd'hui que tu esDRH d'entreprise, dans le secteur du B2B. Est-ce que tu vas aller voir leclient, par exemple, pour comprendre c'est quoi son enjeu ? Une fois que tu teposes cette question, tu vas voir le client, et en fait, en fonction de cela,tu peux adapter, par exemple, les besoins en formation de tes collaborateurs.Je pense aussi au service talent acquisition dans les entreprises. Quand onrecrute en interne, on économise en ne faisant pas appel à un cabinet externe.Tu vois, il y a tous ces enjeux-là. Il y a aussi le bien-être au travail,l'engagement. Aujourd'hui, un employé qui est heureux de venir au travail aurapeut-être moins d'absentéisme.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Dans ce que tu dis, dans ce qu'on peut constater dans lesreprésentations qu'il y a autour des RH, il y a un peu ce besoin de sejustifier dans la valeur que l'on peut avoir d'un point de vue justement decette orientation business. Pourquoi, selon toi, on doit faire peut-être deuxfois plus d'efforts dans cette profession que dans d'autres professions dansles entreprises ?
Luc Ramella - ADECCO
J'ai l'impression que la fonction RH, c'est originellementune fonction où on n'apporte pas beaucoup de KPIs. Autant, je ne sais pas, dansles directions commerciales, en fait, on a des chiffres bruts, le nombre deventes, le chiffre d'affaires, le profit, la finance, c'est pareil. Les RH,avec quoi on arrive en fait ? Et aujourd'hui, tout l'enjeu, je pense, ça vaêtre de réussir à déterminer des KPIs clés avec une vraie lecture pour lescomités de direction qui montre le véritable impact qu'ont les RH sur lechiffre d'affaires dans l'entreprise. Par exemple, tu peux arriver avec desindicateurs sur le taux d'absentéisme, le turnover, est-ce que les employés ontété formés en fonction des besoins du client exprimé. Et tout ça, tu peux lesmener à des échelles financières. C'est-à-dire un employé qui reste dans l'entreprise,si le taux de turnover baisse, l'entreprise dépense moins dans le coût d'unprochain recrutement. Pareil pour le nombre de mobilités internes. Si turecrutes en interne, tu n'as pas besoin de recruter en externe. C'est tous ceschemins qui font qu'au final, le RH contribue au chiffre d'affaires de sonentreprise et à la réduction, on va dire, des coûts.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et toi, quand on parle justement de cette fonction RH auprèsdes gens, que ce soit des personnes qui soient du secteur ou pas du tout,qu'est-ce que tu dis des RH ? Pour toi, qu'est-ce que c'est, les ressourceshumaines ?
Luc Ramella - ADECCO
J'adore dire que c'est le plus beau métier du monde. Et jele pense vraiment parce que moi, chaque jour, je vais au travail, je suisvraiment heureux. Pour moi, c'est un métier presque passion. C'est un métierpassion même. Parce que tu vois, Melik... Dans l'entreprise, ceux qui fontfonctionner que ce soit du B2B, du B2C, que tu vendes un service, un produit.Au final, le cœur du réacteur, c'est l'humain avant tout. Donc en fait, si çapêche de ce côté-là, c'est toute ton entreprise qui est en péril. Et donc enfait, c'est pour ça que les relations humaines... Dans l'entreprise, le capitalhumain est quelque chose d'essentiel et d'important, je le pense vraiment. Etcomment on aide chacun à se développer et comment on aide chacun à exprimer sonplein potentiel. Et ça, ça a une valeur immense. Tu vois, c'est pas un centrede coût.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et justement, tu parles vraiment du rôle, je dirais, departenaire business aujourd'hui, du rôle de RH. Concrètement, qu'est-ce quecela change dans la manière de travailler au quotidien ?
Luc Ramella - ADECCO
On dit partenaire business, mais je dirais même partieintégrante du business. C'est pas qu'un partenaire. Concrètement ce que çachange au quotidien, déjà ça demande au RH de ne pas rester uniquement dans lecôté administratif, pas rester ancré dans le process, essayer peut-être desortir et encore plus avec l'IA on va pouvoir s'en sortir donc je pense qu'il ya vraiment quelque chose à réfléchir du côté des RH à ce niveau là, et çaimplique vraiment d'avoir des notions quand même financières dans l'entreprise,des métriques, et de vraiment valoriser toutes les actions par une mesure clé.Parce que c'est vrai qu'instinctivement, je pense en tant qu'RH et moi nonplus, je n'étais pas là à apporter des données chiffrées par rapport à ce queje faisais. Tu vois, derrière ça, OK on établit les choses, mais quels sont lesKPIs derrière ? Quelles sont les économies réalisées ?
Mélik Cangür - L'étincelle RH
En ce qui concerne la posture des RH aujourd'hui, je pensequ'il y a aussi cet enjeu-là, c'est-à-dire qu'on a beau parler d'indicateurs,demain, il y a aussi la capacité d'être proactif dans tout ça. Selon toi,est-ce que les RH aujourd'hui sont dans cette posture de proactivité business ?Ou pas encore assez ?
Luc Ramella - ADECCO
J'ai l'impression que pas encore assez. Et pourquoi ? J'aiessayé de réfléchir à cette question quand on en a échangé il y a quelquesjours. Aujourd'hui, tu as des écoles de RH, des écoles de commerce. En école decommerce, tu sors de ces écoles-là avec, on va dire, une notion générale, RHinclus, mais peu de gens à l'issue de ces formations font des ressourceshumaines. Moi, dans ma promo, je suis le seul. À côté de cela, tu as des écolesde RH qui forment beaucoup à « Ok, le RH, c'est quoi un leader RH, l'administrationRH ? » Et en fait, c'est comme si on était enfermé dans un bloc, le départementRH, et c'est tout. Alors que non, le département RH, un RH devrait être enmesure de faire, s'il veut, une mobilité à la direction générale del'entreprise ou autre chose. Parce qu'en fait, il a cette nécessité decomprendre tous les enjeux. Et peut-être que, à cause de ces différenciationsqu'on a actuellement, Aujourd'hui, je ne sais pas si le RH est prêt, en toutcas tous, à s'intégrer pleinement dans l'esprit business de l'entreprise.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Qu'est-ce qu'il devrait faire davantage ?
Luc Ramella - ADECCO
Tout passe par la curiosité, je pense. C'est-à-dire que siaujourd'hui tu te rends compte, en tant que RH, que tu es dans tes process, quetu es dans la manière, on va dire, je dirais traditionnelle peut-être defonctionner, c'est déjà de s'en rendre compte. Tout le monde ne s'en rend pascompte. Et la deuxième étape, c'est ensuite, d'essayer de s'ouvrir, d'essayerde discuter avec les partenaires de l'entreprise, les différentes fonctions,marketing, sales, finance, essayer de vraiment de comprendre l'enjeu. C'estquoi notre produit ? Vraiment comprendre le produit qu'on vend. Est-ce que moi,en tant que RH, demain, je sors de mon entreprise, je suis capable de pitcher,c'est quoi notre solution concrètement, qu'est-ce qu'on vend, notre plus-valueau client ? Et si en fait, on arrive à avoir cette analyse fine, dans lesdécisions RH qu'on va prendre dans la stratégie de l'entreprise, on va êtrebeaucoup plus à même de proposer, je ne sais pas, la formation adaptée, leparcours de carrière plus intelligent par rapport à telle personne, parce qu'onaura pu créer ces ponts et ces liens entre les différents départements del'entreprise.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Qu'est-ce que tu répondrais à quelqu'un qui te dit «D'accord, c'est bien mignon, tu veux plus de budget, tu veux plus de sujets,sauf que moi aujourd'hui, je préfère privilégier mon service commercial, monservice com, mon service financier", parce que ce sont des levierspeut-être plus court-termiste, ou en tout cas avec une plus grande visibilitéde valeur ajoutée directe ?
Luc Ramella - ADECCO
Écoute, si je travaille dans une entreprise et qu'on me ditça, je pense que j'arriverais face à mon dirigeant avec deux tableaux. Lepremier, ce serait l'année N-1, don l'année d'avant, avec des résultats comme,je ne sais pas, le taux d'engagement, l'absentéisme, le turnover, lerecrutement à terme réalisé, les mobilités, bref, tous les KPI RH qu'il estpossible de déterminer en fonction évidemment du secteur d'activité del'entreprise. Je lui montrerai l'année en cours. Est-ce qu'on va mieux ? Est-cequ'on va moins bien ? Et quel est l'impact financier ? Parce qu'en fait, commetu m'as dit, la première chose que tu m'as raconté en te mettant dans la peaude l'autre dirigeant, c'est « tiens, je vais accorder plus de budget » . Enfait, on revient toujours à cette notion budgétaire. Et donc si, encore unefois, si moi en tant que RH, j'arrive à prouver que tiens, on n'a pas prisassez d'actions, je ne sais pas, sur l'engagement des collaborateurs. Donc lesgens partent de l'entreprise, ou il y a un taux de désengagement qui fait queok je fais le minimum. Là, si on arrive à chiffrer ça, on comprend qu'en fait,mettre d'investir dans les RH, dans des formations spécifiques, ça peutrapporter beaucoup plus que l'investissement initial. Si le dirigeant comprendqu'en mettant un peu d'argent, ou en tout cas une telle somme, il en récolterabeaucoup plus. Là, on devient pertinent en tant qu'RH. Mais j'ai conscience quece n'est pas facile, parce qu'aujourd'hui, les outils RH dans les entreprisesne sont pas forcément adaptés pour sortir ce genre d'indicateur. Donc toutl'enjeu, je pense, avant toute chose, c'est déjà de calibrer comment on a cettemesure de données.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
C'est quoi pour toi le meilleur RH ?
Luc Ramella - ADECCO
Pour moi, le meilleur RH, c'est déjà quelqu'un qui arrivedans l'entreprise par la passion, déjà. C'est-à-dire par la passion de sonmétier.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et ça passe par quoi ?
Luc Ramella - ADECCO
Pour moi, c'est un RH qui n'est pas uniquement focalisé surles process. Et encore une fois, je ne rejette pas le process, c'est quelquechose d'important à établir. C'est quelqu'un qui a une excellenceopérationnelle, c'est-à-dire qui veille à ce que chaque chose du service RHsoit garante de la qualité du service et prouve la qualité. C'est quelqu'un quicomprend la politique de l'entreprise, comprend comment les différents partiesprenantes prennent des actions, qui sait justifier, comme on a vu avant, lebudget face à un comité de direction. C'est quelqu'un qui ne fait pas queréfléchir, mais qui aussi exécute. Aujourd'hui, tu as beaucoup de RH, et mêmeailleurs, peut-être que c'est particulièrement en France mais on est très bondans l'imaginaire. "Ah bah tiens, je vais imaginer un programme dedéveloppement. Je vais imaginer de faire ça pour mes actions, pour luttercontre l'absentéisme". Mais une fois qu'on passe au concret, ça devientplus compliqué. Donc pour moi, le RH, le meilleur RH, c'est quelqu'un quicertes a de la créativité pour établir des propositions un petit peudisruptives pour l'entreprise, pour augmenter, comme on a vu, le tauxd'engagement et bien d'autres, mais qui en même temps arrive à poser ses piedssur le terrain et à transformer son idée en action concrète.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Pour toi, aujourd'hui, si la fonction RH devait prioriser unaxe pour justement valoriser son orientation business, ce serait lequel ?
Luc Ramella - ADECCO
Avant de répondre à ta question, ça me fait penser à quelquechose, qui est que le département RH dans une entreprise est sûrement l'un deceux où il y a le plus de diversité de métiers. Tu as le RH opérationnel, commetu as dit Process, tu as le responsable de la GEPP en tout cas en France, tu asla talent acquisition, tu as le talent management, tu as l'analytics, aussi lesdonnées RH, tu as le responsable RH, tu as le HRBP, le Comp' & Ben', et enfait tu as une palette immense de métiers qui touchent et qui demandentdifférentes capacités. C'est deux métiers complètement différents, maisregroupés au sein même d'un service RH. Et je trouve qu'aujourd'hui, c'est pasassez communiqué, surtout dans les écoles.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Tu veux dire dans le sens où aujourd'hui, finalement, lafonction RH ne s'arrête pas qu'au poste de RRH ou de Chargé RH ?
Luc Ramella - ADECCO
Exactement. Bah totalement. T'as du projet RH. Moi, parexemple, je fais du projet RH, concrètement. Et c'est pourtant enveloppé dansla direction des ressources humaines, ce que je fais. Il faut quand mêmecomprendre ce que fait le RRH pour pouvoir faire mon métier. Donc c'est pascomplètement déconnecté. Et aujourd'hui, tu vas en école et que tu parles deRH, "ah oui le RH, celui qui recrute" et qui lisant c'est le pointfinal, alors que t'as tellement d'autres choses. Et j'ai oublié encore lesrelations sociales. Et donc, pour répondre à ta question sur qu'est-ce qu'estparmi tout cet univers, cette galaxie des métiers RH, c'est quoi lestransitions que j'imagine ? Bon, j'ai évidemment pas la réponse du haut de mes22 ans à tout ça, mais je tendrais à dire... que peut-être tout ce qui est RHopérationnel auront tendance à faire autre chose par la suite. C'est-à-dire queces personnes-là ne vont pas disparaître, évidemment, mais peut-être qu'on vapouvoir les amener à d'autres compétences nécessaires dans l'entreprise, dansd'autres métiers. Ensuite, ce que je pense qu'on va en avoir le plus besoin,c'est tout ce qui est au niveau de la gestion des talents en entreprise. Aussi,tout ce qui est l'analytique RH. Mais après, comment on analyse ça et commenton réussit à prendre des actions concrètes ? Et pour moi, ces actions sontaussi plutôt étroitement reliées au département du talent management aussi.Mais on a besoin aussi de RH qui font l'analytics là-dessus, pour avoir desdonnées vraiment consolidées et que nous, RH, soyons forts en données pourqu'on puisse montrer quelle est la vraie plus-value.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Pour toi, la crédibilité d'une certaine manière de cettefonction-là va passer par la data, par la donnée ?
Luc Ramella - ADECCO
Honnêtement, oui. Et franchement, je dis ça alors que je nesuis pas du tout quelqu'un qui est très fan de la donnée. Je ne suis pas trèsbon en chiffres en général. Et pourtant, j'ai conscience de son importance.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Comment tu fais dans ces cas-là pour valoriser d'un point devue données et data, typiquement une formation que tu imposes à tes salariés,que tu proposes à tes salariés ? Pour les faire monter en compétence, parexemple, sur des managers qui vont monter en compétence sur le recrutement, sursavoir mieux recruter, comment tu vas le valoriser par la suite ?
Luc Ramella - ADECCO
Comment tu le mesures, tu veux dire ?
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Comment tu le mesures exactement ?
Luc Ramella - ADECCO
Alors ça, c'est toute la question. C'est vrai que c'est unsujet que j'ai en ce moment. De mon humble perception, je vois notamment uneaction qui peut être prise en compte dans les entreprises, ce serait qu'unefois que tu as formé ton manager, ton collaborateur, avoir une évaluation endeux temps et tripartite. C'est-à-dire que, OK, la formation est réalisée, lecollaborateur, sur une échelle, je ne sais pas de 1 à 5, établit son évolutionsuite à cette formation. Son manager va venir aussi l'évaluer en comparaison dece qu'il a pu observer de son collaborateur après cette formation, puis ensuiteses collaborateurs. Est-ce que les collaborateurs de cette personne ont observéun changement ? Et donc, tu réalises cette évolution en deux temps, peut-êtretrois mois après la formation, puis ensuite six mois après. Et tu compares pourvoir si, oui, il y a une évolution, oui, en fait, les personnes ont constaté unchangement ou non. Après, c'est une réflexion que j'ai. Pour le mettre sur leterrain et l'appliquer, je n'ai pas encore 100% la solution, parce que çaimplique beaucoup de choses.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Aujourd'hui, l'IA va probablement, ou du moins dans lessuppositions de certains, supprimer certaines tâches administratives RH. Est-ceque c'est finalement une menace ou une formidable opportunité de revenirjustement à ce qui compte vraiment ?
Luc Ramella - ADECCO
Déjà, on n'a pas attendu que l'IA arrive pour arrêter lesprocess RH. Aujourd'hui, je veux dire le côté administratif, on a beaucoupd'entreprises qui délocalisent leurs services RH dans des centres de servicespartagés à l'étranger, dans des centres d'excellence, appelle-les comme tuveux. Mais avant même que l'IA arrive, ce côté administratif fonctionneaujourd'hui beaucoup par ticketing, service now, on connaît tous en fait. Doncbon. Après, maintenant que l'IA arrive, comment est-ce que ça changeconcrètement le métier de RH ? Déjà, je pense que ça laisse plus de temps pours'occuper de ce qui compte le plus, c'est-à-dire l'humain. Ça peut paraîtrehyper bateau de dire ça, mais aller voir comment les collaborateurs vont,essayer de voir si tu as une mobilité, comment se sent le collaborateur,peut-être établir plus de relationnel, ça peut être quelque chose d'important.Ça laisse plus de place à la réflexion stratégique RH sur comment moi je veuxdécouler la roadmap que j'ai définie, est-ce que je peux être un peu plusambitieux. En fait justement maintenant que l'IA est là, et qu'on va être moinsconfronté à ces enjeux d'administratif ou pas, encore une fois, chaqueentreprise doit déterminer ce qu'il veut faire. Mais pour moi, l'IA qui arrive,c'est une formidable opportunité de sortir de cette perception qui est faussede RH uniquement process, process, conformité, renseignement des données, à vraimentle RH qui dialogue avec le COMEX, qui dialogue avec les partenairesstratégiques de l'entreprise et qui a sa vraie plus-value dans les décisions etqui est à même de comprendre et de suggérer de vraies solutions concrètes pourle business qui peuvent impacter le chiffre d'affaires, le profit.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Quel est pour toi le plus grand risque aujourd'hui ? Que lesRH disparaissent ou qu'ils restent sans réelle influence dans les décisionsstratégiques de l'entreprise ?
Luc Ramella - ADECCO
Pour moi, le plus grand risque, et c'est ma crainte, c'estma peur du départ, c'est que le RH ne soit pas inclus dans les décisionsstratégiques et qu'il soit toujours perçu, même après tout ce qu'on a dit,l'évolution de l'IA qui permet de laisser plus de temps pour des chosesessentielles de la fonction RH, ne soit pas perçue comme importante par uncomité de direction qui n'a pas eu l'habitude de travailler avec des RH quisont dans le business.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
J'avais envie de te poser une question, mais finalement toitu rentres aujourd'hui dans la fonction RH encore plus précisément, parce quetu es encore, je dirais, au début de ta carrière. Demain, dans une quarantained'années peut-être, si je ne dis pas de bêtises dans mes calculs, le jour où tuquitteras justement cette fonction-là, qu'aimerais-tu que les dirigeantsretiennent du rôle qu'un RH peut jouer dans la réussite d'une entreprise ?
Luc Ramella - ADECCO
Tu as raison, Melik. Aujourd'hui, j'ai commencé ma carrièredans les RH, mais dans le futur je serai peut-être amené à prendre d'autresfonctions et peut-être être dirigeant, on ne sait pas. Et pour moi, avoircommencé par les ressources humaines, déjà, c'est une véritable chance. Parceque comme je t'ai dit en début de podcast, la vraie valeur ajoutée del'entreprise c'est avant tout les humains qui y travaillent. C'est eux quiapportent les idées, ceux qui vendent le service, c'est ceux qui produisent. C'est-à-direqu'il y a un vrai capital humain qui est essentiel dans l'entreprise. Et sanscollaborateurs, pas d'entreprise. Et cette manière fine de gérer cet écosystèmepour que ça tienne, que les gens soient heureux de venir travailler, qu'ilss'investissent dans la boîte, qu'ils soient engagés tout simplement, c'estquelque chose qui n'a pas de prix, encore une fois, dans l'entreprise. Et moi,plus tard, en tant que dirigeant, je retiendrai toujours cette notion-là etl'importance de veiller à ce que le capital humain dans l'entreprise soit... onleur donne les moyens d'être à leur meilleur niveau.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et quels sont les moyens, justement, qu'on peut leur donner?
Luc Ramella - ADECCO
Aujourd'hui, je te parle comme un jeune RH. Peut-être quemon discours changera plus tard. Mais pour moi, c'est véritablement laisserdéjà libre cours à la créativité de chacun. Permettre à tous lescollaborateurs, je ne sais pas, de développer s'ils ont un projet qu'ilsveulent mettre en place dans l'entreprise, qu'ils ne se sentent pas restreints,mais qu'ils se sentent à même d'avoir cette volonté de parole auprès de ladirection, qu'il n'y ait pas de tabou, qu'il y ait vraiment de la communicationdans l'entreprise. Et que quand quelque chose ne va pas, qu'on le dise aussi,qu'il y ait de la transparence. Et pour moi, en fait, quand tu garantis cecadre-là d'innovation, de créativité, tu peux pousser des limites auxquelles tun'aurais pas pensé en tant que dirigeant, je pense.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Il est garant de la performance grâce au bien-être dansl'entreprise, qu'est-ce qu'il peut mettre en place justement pour subvenir à cebesoin de bien-être au travail ?
Luc Ramella - ADECCO
Le bien-être passe avant tout par des choses simples, commela reconnaissance d'un travail bien réalisé. Je ne sais pas, une rémunérationqui correspond peut-être aux attentes de la personne. Des fois, juste diremerci, avoir des perspectives de carrière, être reconnu par son manager. C'estce genre de choses qui aujourd'hui ont, je pense, des grands impacts.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Aujourd'hui, la reconnaissance, selon toi, passe plus pardes dimensions financières ou aujourd'hui, tu dirais, de la reconnaissance pardes propos, des actes, mais qui ne sont pas forcément liés à des élémentspécuniaires, mais qui sont plus liés demain à la proximité que l'on va créeravec le collaborateur.
Luc Ramella - ADECCO
Ça débute par la proximité, évidemment, c'est comme lapyramide de Maslow. C'est-à-dire qu'au début, tu as besoin de remplir lesbesoins nécessaires de la personne, puis ensuite, tu montes au fur et à mesure.La reconnaissance passant par, justement, le côté relationnel, humain,valoriser la personne pour son travail, montrer que ce qu'il a fait a eu unimpact et l'engager dans la stratégie de l'entreprise par différents moyens,pour moi, c'est quelque chose qui a plus d'impact qu'uniquement larémunération. Après, évidemment, tu ne peux pas être complètement déconnecté etje pense dans la manière de rémunérer tes collaborateurs. Mais pour ça, après,tu peux t'aligner sur des grilles qui existent, grâce notamment des études deComp' & Ben' ou des consultants peuvent venir pour t'aider là-dessus. Maisavant la récompense financière, il y a cet engagement.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
On parlait de ta peur qui est justement celle que les RHsoient perçues comme un centre de coûts plus que de profits. Aujourd'hui, pourtoi, quelle est la représentation que les gens ont des RH ? Est-ce que déjà,elle est plutôt positive, négative ?
Luc Ramella - ADECCO
Pour les personnes, le RH, ça reste encore celui quirecrute, qui licencie. C'est ces deux mots qui me viennent, en fait. Parce que,comme je t'ai dit, en discutant avec mes proches, qui ne sont pas RH, mafamille, qui ne sont pas RH, ils pensent que c'est ça, comme métier. Alorsqu'en fait, et notre échange l'a prouvé, c'est beaucoup plus que ça. Et donc,je pense que tout l'enjeu, c'est comment la fonction RH arrive à faire autrechose que de se parler à elle-même ? On se parle beaucoup entre nous, il y ades réseaux, l'ANDRH, mais qui restent entre les RH. Et comment on arrive àvaloriser cette fonction au-delà même du cercle des personnes dans lesressources humaines pour le faire connaître au-delà de cette dimension auprès,je ne sais pas, des différents métiers qui peuvent exister dans le monde.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Dans tout métier, en tout cas moi j'ai ce sentiment-là...Alors, je ne sais pas si le terme adapté, et puis il sera peut-être enlevé,mais on parle un peu de consanguinité, c'est-à-dire qu'on se regarde tous unpeu le nombril et forcément on est tous RH, donc on sait tous la valeur que çaa, et à quel point c'est positif. Mais aujourd'hui, comment, selon toi, on peutle valoriser à l'échelle plus globale d'une entreprise ?
Luc Ramella - ADECCO
Je pense que ça peut passer par une semaine, peut-êtredédiée à la RH dans l'entreprise, où justement tu fais des webinaires, tu faisdes ateliers où tu montres aux collaborateurs c'est quoi le métier vraiment deRH, qu'est-ce qu'ils font. Ça se passe aussi dans les écoles, en fait en écolede commerce, d'avoir des cours concrets de RH qui montrent lapluridisciplinarité des métiers et qui montre tout ce qu'il est possible deréaliser. Et qu'on ne soit pas dans cet ancrage, "oui RH c'est ça" etd'ouvrir cette perception.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
On a déjà pu échanger ensemble à plusieurs reprises, t'esquand même très passionné du métier, tu parles avec enthousiasme, envie,curiosité. La question que j'ai envie de te poser, c'est est-ce qu'aujourd'hui,avoir cette énergie-là permet justement aussi de bien occuper cette fonction RH? Et qu'en est-il de la pérenniser dans le temps ? Parce que je te dirais,aujourd'hui, il y a aussi, en tout cas dans l'état d'esprit collectif, c'est dese dire, en fait on est jeune dans le métier, donc forcément, il y a cetenthousiasme, cette envie. Quand on a fait 10, 15, 20 ans de métier, il y acette fatigue aussi qui s'accumule à défendre des idées, à être convaincu faceà des gens qui ne le seront jamais. Comment on garde, pour toi, cette énergie ?Comment on ferait en sorte de la garder et en quoi elle serait bénéfique ?
Luc Ramella - ADECCO
Cette énergie, j'arrive à la garder et j'espère pouvoir lagarder grâce à l'adhésion que j'arrive à créer autour de moi. C'est-à-dire queoui, comme tu as dit, je suis passionné, j'aime ce que je fais, mais je ne suispas seul dans ma bulle à être passionné. Je veux dire, je ne suis pas seul avecmon petit ordi à faire mes trucs, à rêver, tu vois. Non. Pour moi, le RH,passionné, qui aime son métier, il doit aussi réussir à convaincre les partiesprenantes de l'entreprise. Moi, demain, si j'arrive et que je n'arrive pas àconvaincre une personne autre que le département RH de l'utilité d'implémentertelle chose, je ne sais pas, par exemple, mon directeur financier, et qu'il neveut pas me donner le budget parce que donc il n'est pas convaincu, puisquej'aurais été tout seul à être dans ma bulle, bah c'est un peu le serpent qui semord la queue. Il faut aller vers les autres, prouver que ce qu'on fait a de lavaleur. Parce qu'en fait, tout passe par la preuve aujourd'hui. Les gens necroient que ce qu'ils voient. Et donc, si tu arrives avec des choses tangibles,alors que la RH est perçue comme quelque chose d'assez intangible, là, tu peuxcontinuer à avoir cette passion-là. Et c'est quelque chose sur lequel jetravaille aussi. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand je mets quelque chose enplace, je prends le temps. Mais je passe parfois des heures à réaliser desdocuments qui renseignent bien tout, qui renseignent bien la manière dont ça vase dérouler, le process, le coût, la plus-value. Et en fait, quand tu arrivesavec des choses qui sont très consolidées, très tangibles et très réelles,normalement, tu ne rencontres pas trop de difficultés. Parce que souvent, et jeconnais la difficulté avec des personnes qui ont beaucoup de créativité, quisont très rêveurs, c'est qu'ils restent dans leurs propres rêves et que ça nese réalise pas. Ça, moi, je veux absolument en sortir. Donc, je préfère avoirquelques actions dans l'année, pas forcément plein, mais quelques actions queje vais réaliser et qui auront des résultats tangibles. Et encore une fois, unefois que tu amènes la preuve, le reste arrive tout seul, quelles que soient lesparties prenantes de l'entreprise.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et justement, cette peur aujourd'hui dans le quotidien, tula vis comment ?
Luc Ramella - ADECCO
Cette peur, j'essaye d'en sortir puisque aujourd'hui, jetravaille avec une manager. On s'est choisis tous les deux et je sais qu'elle ala même vision que moi et je sais qu'elle, dès que je l'ai rencontrée, j'aicompris que c'était une personne qui était dans le business et pas côté. Elle atravaillé dans des fonctions business avant dans l'entreprise et donc en fait,en étant avec un N+1 qui est influent et qui a cette même vision-là, moi je mesens rassuré dans les actions que je prends et j'ai moins peur de ce que jevais entreprendre, parce que j'ai cette liberté-là.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
La dernière question que j'ai envie de te poser c'est est-ceque tu as un mot de la fin pour clôturer ce podcast ?
Luc Ramella - ADECCO
Mon mot de la fin, c'est : aujourd'hui, RH, continuons àrêver mais n'oublions pas de mettre nos rêves sur le terrain parce que ce serala seule preuve du réel qu'on pourra apporter au business.
Mélik Cangür - L'étincelle RH
Merci Luc.
Luc Ramella - ADECCO
Merci Mélik, c'était un plaisir.
Intro/Outro
Merci d'avoir écouté Bande de flippés, un podcast produit etimaginé par l'étincelle RH. Envie de partager vos peurs ? Vous pouvez nouscontacter sur LinkedIn. On se retrouve dans deux semaines pour découvrir unautre membre de la Bande de Flippés. Bouh !









