J’ai peur de devenir un boomer RH de province

Bande de Flippés, c’est notre podcast en partenariat avec Le Lab RH.

Dans cet épisode : Etienne Ageneau nous partage sa peur de devenir un boomer RH de province.

Vous pouvez l’écouter, ou simplement lire la transcription ci-dessous.

Bouh !


Etienne Ageneau [00:00:00] J’ai peur de devenir un vieux boomer RH de province.

Intro/Outro [00:00:09] Bouh! Bienvenue dans Bande de Flippés, le podcast qui explore les peurs des RH et des recruteurs. Que l’on ait deux ou 20 ans d’expérience dans la fonction. Les doutes subsistent, inhérents à la complexité de la nature humaine. À qui puis-je en parler ? Dois-je partager à ce sujet ? Où trouver les solutions ? Nous partons à la rencontre de DRH, RRH, recruteurs et recruteuses qui se confient à notre micro et ont décidé d’affronter la peur… de parler de ses peurs.

Raphaëlle [00:00:37] Rebonjour, c’est encore la voix du jingle. Aujourd’hui, je hacke le micro et je passe la parole à Etienne. Etienne qui est DRH, entrepreneur et associé de l’Etincelle RH. Bonjour Etienne.

Etienne Ageneau [00:00:47] Bonjour Raphaëlle, tu m’as piqué le micro !

Raphaëlle [00:00:51] C’est à ton tour de balancer ta peur, toi aussi t’es flippé on le sait.

Etienne Ageneau [00:00:54] Parfois.

Raphaëlle [00:00:56] Est-ce que tu peux nous expliquer ta peur ?

Etienne Ageneau [00:00:58] Oui, j’ai peur d’être un vieux boomer RH de province. Bon alors il y a un peu de provocation dans le terme de « province » parce que je suis fier et heureux d’être en province, mais j’ai peur de plus être en phase forcément avec les attentes des générations, avec les pratiques RH. J’ai peur de me sentir dépassé par les transfos, par les innovations. J’ai toujours été attentif à être en éveil sur ce qui se passe, à évoluer, et je pense que ma peur c’est de ne plus être dans cette démarche, dans cette dynamique et de passer peut-être pour le vieux DRH qui explique qu’il a déjà fait comme ça et que ça ne marchait pas et qu’il ne faudrait pas faire comme ça, il faudrait faire comme ça.

Raphaëlle [00:01:42] Donc c’est ça pour toi un boomer ?

Etienne Ageneau [00:01:44] Un boomer pour moi, alors il y a une notion de génération de « papy boomers » quand on parle de boomer. Bon j’ai 40 ans, je ne suis pas encore vraiment dans les papys boomer, mais plutôt que cette notion d’âge en tant que tel pour moi un boomer c’est quelqu’un qui est un peu déconnecté des réalités on va dire, qui peut avoir une résistance au changement, qui peut avoir une préférence peut-être pour des anciennes méthodes, peut-être des difficultés aussi à comprendre les nouvelles générations. Donc c’est ça que je mets dans la définition d’un boomer.

Raphaëlle [00:02:13] C’est un peu se remettre en question en fait, ne pas être un boomer.

Etienne Ageneau [00:02:17] Ne pas être un boomer, alors c’est se remettre en question mais c’est aussi rester en tout cas en éveil, en capacité d’appréhender, de comprendre les changements. Parce qu’on peut parfois être ouvert au changement, mais avoir des difficultés à les appréhender parce que ça nous paraît tellement éloigné, ça nous paraît être des attentes des nouvelles générations parfois en décalage avec ce qu’on est nous. Donc je pense que derrière cette notion de boomer, il n’y a pas que la notion de résistance, il y a aussi cette capacité à réussir à appréhender ces transfos et puis apporter toujours un regard un peu neuf sur les sujets pour justement ouvrir des façons de fonctionner qu’on n’a pas explorées ou ouvrir des nouveaux modes. Et rester, oui, rester attentif à la nouveauté.

Raphaëlle [00:03:06] Et quand est-ce que tu as pris conscience que tu étais peut-être un boomer ?

Etienne Ageneau [00:03:11] Alors je pense que l’effet des réseaux sociaux y joue parce que je suis beaucoup d’influenceurs RH, beaucoup de jeunes RH qui prennent la parole (beaucoup plus que je le faisais moi leur âge) donc je pense que ça vient jouer parce que j’ai le sentiment des fois de me dire « Ah là là, mais quand je vois tout ce qu’ils font à leur âge et tout ce que j’ai pu faire au même âge » finalement, ça crée parfois un sentiment disant « ils ont osé là où je n’ai pas osé à une époque ». Voilà, je pense que j’ai un esprit créatif, mais j’ai mis du temps à entreprendre donc il y a des choses que je vois aujourd’hui où je me dis « ah là, j’aurais tellement aimé faire ça à cet âge-là » mais bon la vie, on n’est pas là pour avoir des regrets. Mais en tout cas, je pense que ça génère parfois ce sentiment quand je vois les questionnements qu’ils apportent, quand je vois les prises de recul qu’ils apportent, je vois comment ils viennent parfois chahuter des modes de réflexion et qui sont aussi, je pense, dans une certaine authenticité beaucoup plus forte qu’on pouvait l’être à cette période. Forcément, ça me questionne sur moi, ça me questionne sur comment j’appréhende tous ces changements, toutes ces transformations et puis ça me questionne sur ma capacité à suivre le mouvement, ou pas.

Raphaëlle [00:04:22] Comment tu fais pour rester à jour, pour capter les nouvelles tendances ?

Etienne Ageneau [00:04:27] Déjà, quand je parle de rester à jour, il ne faut pas être dans une recherche d’innovation permanente parce que l’idée ce n’est pas d’inventer tout le temps des nouvelles choses, ce n’est pas de lancer toujours des nouveaux projets parce que ça n’a pas de sens et que l’innovation doit servir un but. Il ne s’agit pas d’innover pour innover. Donc ça c’est le premier élément… et j’ai oublié ta question en parallèle…

Raphaëlle [00:04:49] C’était comment tu t’adaptes aux nouvelles tendances, comment tu te renseignes, comment tu vois ce qui se fait ?

Etienne Ageneau [00:04:54] Je suis très adepte de l’échange entre pairs. Je suis à l’affut pour essayer de regarder ce qui se passe, notamment via les réseaux sociaux. Je m’intéresse aussi aux start-up qui se développent. Je m’intéresse aux DRH qui font des actions intéressantes, pas toujours innovantes au sens où on l’entend en termes de créativité, mais innovantes en termes d’action très pragmatiques et très corrélées au business, aux enjeux des entreprises. Et c’est ça qui m’intéresse. C’est pas l’innovation pour l’innovation, donc voilà. Donc c’est vraiment cette capacité à être à l’affut, en veille, à l’écoute et puis à aimer échanger avec de nombreux professionnels RH parce que c’est ça qui me nourrit.

Raphaëlle [00:05:37] D’où les Flippés ? Tu vas chercher des Flippés ailleurs *rires*

Etienne Ageneau [00:05:40] Tout à fait ! Quand on a lancé Bande de Flippés c’est à la fois un moyen pour moi d’assumer mes peurs, mais aussi parce que ça m’intéresse. Et en fait ce qui m’intéresse c’est pas tant la peur, c’est la façon dont les gens l’appréhendent, c’est tous les questionnements qu’il y a derrière. Dans la démarche de créativité, d’innovation, ce qui m’intéresse le plus c’est la phase de questionnement, de se questionner, de s’intéresser. Alors le risque quand on se questionne trop on agit peu, parce qu’on est toujours à douter ou à se questionner, mais c’est d’essayer de comprendre, c’est d’essayer de comprendre la finalité, essayer de comprendre comment les gens ont raisonné, comment ils sont arrivés à ce résultat, comment ils ont réussi à lever des doutes, des freins qu’ils pouvaient avoir. Et ouais, je pense que le lancement de Bande de Flippés est un peu en lien.

Raphaëlle [00:06:28] Tu parlais tout à l’heure des influenceurs RH et de toutes les nouvelles tendances, tout ce qui passe dans le monde des RH qui est quand même pas mal en ébullition. Comment tu perçois l’évolution des pratiques depuis que t’as commencé, depuis tes débuts ? Est-ce que t’as vu des gros changements ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui t’a plus marqué ? Est-ce que les attentes des salariés sont différentes, les nouvelles générations, etc.

Etienne Ageneau [00:06:47] Alors je vais commencer par un point négatif, qui est pour moi un point d’attention qu’on doit avoir dans la fonction RH. On a un effet de mode très fort dans la fonction RH. Il y a parfois cette course justement à l’innovation où j’ai sûrement, quand j’étais DRH, j’étais parfois dans cette démarche là parce qu’il y a des enjeux d’attractivité, il y a des enjeux de marque employeur, on a besoin de faire rayonner son entreprise, on a besoin de montrer qu’on a des pratiques RH qui évoluent aussi pour attirer ces nouvelles générations et il y a parfois la course à l’innovation côté RH. On a aussi beaucoup de paillettes parfois dans certains discours RH sur les réseaux sociaux donc faut faire attention à ça. Et je sais que c’est un débat qu’on a souvent en interne sur comment on communique au nom de l’étincelle, moi comment je communique en mon nom, est-ce que l’équipe s’y retrouve, est-ce que l’équipe s’y retrouve pas ? Donc on voit que parfois il y a des décalages entre une comm’ parfois un peu plus marketing d’un point de vue marque employeur, mais avec un enjeu qu’elle soit bien corrélée à une réalité opérationnelle. Donc je pense que, en tout cas, il y a beaucoup de risques d’effets de mode dans la fonction RH donc ça c’est un premier point d’attention qu’on doit avoir sur le sujet. Et après je trouve que la fonction RH, je pense que c’est pour ça que je joue sur ce terme de « province » et de Paris, c’est que moi j’ai démarré mon parcours professionnel il y a maintenant 20 ans en septembre 2004, je vais fêter mes 20 ans dans quelques mois *rires*

Raphaëlle [00:08:14] Tu vois, 20 ans à nouveau !

Etienne Ageneau [00:08:15] C’est ça 20 ans à nouveau ! Et en fait j’ai démarré chez SFR qui était à l’époque, et qui est pour moi toujours aujourd’hui, une entreprise qui était ultra en avance sur les sujets. Il y a plein de problématiques aujourd’hui qu’on rencontre des fois chez nos clients où je me dis « mais on le faisait déjà il y a 20 ans chez SFR ». Parce que c’est une entreprise dans les télécoms, parce qu’à l’époque les télécoms avaient beaucoup de moyens. Voilà. Et donc je pense que dans cette joke que je fais entre province et Paris, c’est me dire on a parfois une connexion dans l’écosystème parisien, une ouverture, accès à des conférences, accès à des événements beaucoup plus qu’en province. Pas parce que les gens sont pas ouverts en province, parce qu’il y a moins de choses sur le sujet. Et donc je pense que ma crainte aussi, c’est de me dire « mince, je vais rater un événement », j’ai toujours ce petit côté frustration quand je vois des événements passer.

Raphaëlle [00:09:04] Le FOMO.

Etienne Ageneau [00:09:04] C’est ça ! Qui sont à Paris de me dire « mince, j’ai raté ça » alors qu’en fait j’ai pas « raté », bien sûr raté un événement mais il y en a plein d’autres. Et voilà, je te fais une réponse très longue…

Raphaëlle [00:09:16] Non, t’inquiète. C’est moi qui monte de toute façon !

Etienne Ageneau [00:09:17] Désolé, déjà que je parle très vite si en plus je pars dans tous les sens… Bon courage à nos auditeurs !

Raphaëlle [00:09:29] Et pourquoi la province pour ton métier actuel ? Est-ce que c’était un choix ? Est-ce que ça s’est fait comme ça donc c’est la province ?

Etienne Ageneau [00:09:36] Oui c’est un choix que j’ai fait, donc je suis bien en province, j’aime la province. Il y a parfois moins de paillettes dans les entreprises de province, avec plus de pragmatisme, parfois moins de moyens aussi par rapport à des entreprises parisiennes où l’enjeu d’image, de visibilité est beaucoup plus fort parce que le marché de l’emploi est plus concurrentiel. Donc, c’est ce qui amène à ça. Il y a parfois en province une réticence à certaines innovations en disant « on va laisser, voir comment ça fonctionne avant d’y aller », donc ce que j’aimais à Paris aussi, parfois, c’était de côté de pouvoir tester, d’innover. Mais en fait je dis ça et j’ai passé sept ans au sein du groupe Eram où j’ai innové et on a testé plein de choses (on a d’ailleurs eu le prix RH grand Ouest en 2016 et 2014 je crois), donc signe voilà qu’on faisait des actions qui étaient assez intéressantes pour la fonction RH. Le groupe Oui Care pareil. Donc quand je joue sur Province et Paris, en fait je le fais de manière un peu caricaturale, plus presque pour nos auditeurs qui nous écoutent, qui sont peut-être pour certains dans cette appréhension, dans cette vision, alors qu’en fait il y a plein de belles PME et ETI qui innovent au quotidien mais qui innovent avec moins de paillettes, plus de pragmatisme et moins d’excès de budget. C’est à dire qu’elles font parfois plus de choses avec moins de budget. Donc ça amène, quand on a bossé à Paris, ça amène parfois à se questionner sur le vrai dimensionnement des équipes et des budgets.

Raphaëlle [00:10:57] Et est-ce que tu penses que ta vision des RH est différente en étant en province plutôt qu’à Paris ? Que ce soit en termes d’inclusion, de diversité ? Est-ce que ça apporte une vision différente ou est-ce que finalement c’est un peu pareil ?

Etienne Ageneau [00:11:11] Alors ma vision à moi elle est la même. Elle a été construite par des DRH qui m’ont beaucoup appris, que ce soit notamment chez SFR et chez Eram qui portaient une vraie vision de la fonction RH, très ancrée dans le business. Pour moi la fonction RH, c’est lié à différents ouvrages, mais les RH ne sont pas des business partners, ils ne sont pas à côté du business, ils sont dans le business. Donc j’ai toujours eu une fonction RH, en tout cas que j’ai toujours vécu dans le business, qu’elle soit à Paris ou en province. Après sur les enjeux de diversité, d’inclusion que tu évoques, je pense qu’il y a une sensibilité partout qui est présente sur le sujet, mais peut-être en effet que sur Paris il y a des actions beaucoup plus poussées. Quand on regarde les entreprises plutôt régionales, quelles sont celles qui ont des missions handicap ? Quelles sont celles qui ont des équipes diversité, inclusion ? Quelles sont celles qui agissent avec des associations sur le sujet ? Il y en a eu, mais y en a peut-être un peu moins dans la perception. C’est qu’en fait je pense qu’il y en a beaucoup plus qu’on pense, mais elles communiquent peu. On a parfois, si je fais le parallèle avec la Vendée qui est un des territoires dans lesquels on intervient, « pour vivre heureux, vivons cachés ». On montre moins, on met moins en avant, ce qui est à la fois une dimension d’humilité, mais qui est à la fois une fausse humilité en fait. Si ce qu’on fait est bien, si ce qu’on fait s’inscrit dans des actions réellement vécues, réellement pensées et avec de vraies valeurs derrière et pas uniquement du discours marketing, en fait il faut les mettre en avant ! Parce que c’est des enjeux d’attractivité, et puis parce qu’on a besoin dans notre entreprise beaucoup plus à la fois de rôle modèle, beaucoup plus d’entreprises qui portent la voix et la parole sur ces sujets, parce que les pratiques n’évolueront pas si les gens ne les mettent pas en avant. Mais tu vois, je… Je vais faire un lien avec moi qui est une relation plus intime finalement, j’avais pas prévu *rires* mais ta question m’amène sur le sujet : si on parle de sujet de diversité et d’inclusion, je suis un profil dit « atypique » (ou pas), mais en tout cas je me suis affirmé comme je suis et tel que je suis finalement beaucoup plus en PME de province. Mais est-ce que c’est lié à la province et à la PME ? Non, c’est lié aux étapes nécessaires à chacun et c’est lié au contexte qui fait que l’entreprise met ou pas en avant les actions. Quels sont les gens à côté, les rôles modèles qui nous poussent à le faire ? Et c’est ma DRH au sein du groupe Eram, c’est Anne mon associée, qui m’ont amené à ça. Donc en fait, je reviens sur la fonction RH, mais je pense que le rôle des DRH justement, il est important sur ces sujets de rendre visibles ces actions là, parce qu’il y a un rôle aussi de rôle modèles et d’amener chacun à pouvoir être tel qu’il est dans les entreprises.

Raphaëlle [00:13:54] C’est un peu le paradoxe en fait : à Paris on se dit que c’est des grosses boite et qu’il faut rentrer dans une case et la province c’est l’inverse, et en fait c’est juste une question de perception.

Etienne Ageneau [00:14:02] Oui, c’est une question de perception et c’est une question de moment. J’aurais commencé mon parcours en province, puis après à Paris, je me serais sûrement libéré plus à Paris parce que c’était le bon moment pour moi et en fonction des rencontres. Mais justement, c’est pour ça que là mon message est plutôt dire quel que soit le lieu où l’on est… on fait un petit focus sur la province là mais c’est plus une joke qu’autre chose, c’est en fait à partir du moment où vous avez une fonction RH qui porte le sujet, qui prend la parole, qui agit sur cette thématique là, bah en fait : 1  vous allez intégrer de manière naturelle beaucoup plus de diversité, d’inclusion, et donc vous allez par nature être plus, plus performant, et puis vous allez vraiment jouer votre rôle de rôle modèle qui est essentiel.

Raphaëlle [00:14:44] Et c’est quoi aujourd’hui tes principaux défis en tant que DRH, boomer, de province, ou pas ?

Etienne Ageneau [00:14:52] Mes enjeux à moi, c’est de rester connecté à la réalité. Et justement le risque à avoir peur d’être boomer, c’est de tomber dans un excès d’innovation, alors qu’en fait c’est pas l’enjeu. Mon enjeu à moi pour pas être boomer, c’est d’être connecté à la réalité, donc de bien comprendre les attentes des candidats, des entreprises. C’est d’être connecté au territoire et notre bassin, on agit nous vraiment dans le territoire, auprès d’entreprises locales. Donc de comprendre les enjeux, de comprendre les problématiques, de comprendre les sujets. Et en fait, je pense que pour ne pas être boomer, quel que soit notre âge ou l’endroit où on est, l’enjeu premier c’est de rester connecté à la réalité tout en étant en éveil sur ce qui se passe, sur ce qui évolue. La nature humaine, on aime bien le dire chez nous, elle est complexe et il ne faut en aucun cas chercher à la simplifier. Par contre, il faut chercher à mieux la comprendre, à mieux l’appréhender et à ouvrir son regard en tout cas, parce que c’est ce qui va nous permettre d’avoir derrière les bonnes pratiques ou les bonnes façons de fonctionner qui vont être adaptées à notre culture, à notre ADN, mais aussi en lien avec son temps et son époque.

Raphaëlle [00:15:57] Et si on se projette un peu dans le futur, comme tous les boomers, c’est quoi pour toi le futur des RH, que ce soit en province ou pas en province ?

Etienne Ageneau [00:16:05] C’est des RH qui osent encore plus. C’est Thomas Chardin qui parlait beaucoup du courage des RH. On a parfois des fonctions RH qui ont des difficultés parce qu’elles sont pas forcément ultra bien positionnées dans les organisations. Mais en fait au lieu d’attendre qu’on ait un manager qui nous positionne comme il faut, il faut qu’on ait le courage aussi de prendre une place. Alors, certains me diront « oui mais c’est pas possible », oui mais dans ce cas là peut-être que l’organisation dans laquelle vous êtes elle n’est pas faite pour vous. Et plutôt que d’attendre que l’organisation change, si l’organisation ne veut pas changer, il faut avoir le courage aussi de prendre des décisions parfois pas évidentes. Mais en fait, tout dépend de la fonction RH qu’on veut porter sur le sujet. Donc en tout cas, moi j’aspire à des RH courageux, à des RH qui osent. Il y en a plein en fait quand je vois tous les RH qu’on rencontre chez nos clients, mais ils m’épatent moi tous les jours ! Parce que la fonction RH elle est compliquée, elle n’est pas facile, elle est au cœur de plein de transformations, de plein d’enjeux, et en fait les RH sont beaucoup à être très ambitieux pour la fonction. Quand je dis « ambitieux pour la fonction », c’est ambitieux pour le collectif, c’est ambition pour les valeurs qu’ils portent, c’est ambitieux pour permettre à chacun de se sentir bien dans son organisation. Et donc j’ai envie de dire, la fonction RH pour moi demain, elle doit continuer d’oser, d’être connectée à cette réalité, d’être au cœur des organisations, dans le business et pas à côté du business, et puis d’accepter de dire quand elle n’est pas d’accord.

Raphaëlle [00:17:28] Et pour terminer, tu connais la question de fin, quel conseil tu donnerais à un ou une jeune RH qui commence dans la fonction ?

Etienne Ageneau [00:17:38] Je lui dirais « sois toi même ». Sois toi même. On a parfois tendance, on l’a évoqué dans un des podcasts qui est passé, qui était de se dire « comment je fais quand je suis un jeune RH, que j’ai un manager qui vient me solliciter, qui me pose des questions sur du management et que je n’ai jamais managé et que je ne sais pas faire ? ». Eh bien accepte de ne pas savoir. En fait ton rôle il n’est pas d’être l’expert du management, il est d’être là dans l’accompagnement, d’aider ton manager à porter le bon regard, à ouvrir son regard, à se questionner de la bonne façon. Donc il n’y a rien de pire qu’un RH Junior qui veut paraître pour un RH confirmé et donc qui va adopter une posture d’arrogance, inadaptée. Je ne dis pas que c’est le cas, mais en tout si tu me demandes le conseil, j’ai envie dire en tant que RH, soyez déjà naturel, soyez vous-même, osez questionner, osez dire quand vous ne savez pas, soyez curieux, et puis intéressez-vous réellement au business et aux équipes. Allez sur le terrain ! On vous le permet pas, on vous le propose pas : demandez-le. Poussez, challengez vos managers. L’enjeu de votre fonction mérite et nécessite que vous soyez connectés à tout ça. Donc allez-y n’ayez pas peur.

Raphaëlle [00:18:54] Merci Etienne.

Etienne Ageneau [00:18:54] Merci Raph.

Raphaëlle [00:18:55] Et bel été !

Etienne Ageneau [00:18:56] Merci, bel été !

Raphaëlle [00:18:59] Merci d’avoir écouté Bande de Flippés ! Un podcast produit et imaginé par l’Etincelle RH en partenariat avec Le Lab RH. Si vous avez des remarques, des suggestions ou si vous voulez partager vos peurs, vous pouvez envoyer un message sur LinkedIn à Etienne Ageneau. On se retrouve dans deux semaines pour découvrir un autre membre de la Bande de Flippés. Bouh !